Sous les fesses de Gollnisch flotte un parfum totalitaire

Liliane Boury

Dans le domaine culturel, le Front National veut que le politique puisse définir ce qui est du domaine du bon goût, et mettre à l’écart tout ce qu’il définit comme «scatologique».

C’est peut-être à son corps défendant que le Front National a assuré l’animation lors de la séance budgétaire du conseil régional le 31 janvier 2013. Afin de les dénoncer, Liliane Boury avait décidé de lire à voix haute les paroles de chansons à connotation sexuelle du groupe Poil  et de Brice et sa Pute. Ces chansons, parmi bien d’autres, sont proposées au téléchargement sur une plateforme subventionnée par la Région pour promouvoir les musiciens de Rhône-Alpes.

De cette initiative qui se voulait une leçon de morale, la pauvre dame de vertu n’a obtenu que l’hilarité générale, l’exhibition des fesses de son propre président de groupe Bruno Gollnisch, et la réponse bien sentie d’Olivier Longeon qui s’est contenté de lire un texte de Rabelais, le Torche-Cul, au langage aussi fleuri, mais appartenant au patrimoine classique. Echec sur toute la ligne de la part du FN.

Contradiction flagrante

Alors que Liliane Boury souhaitait mettre l’assemblée devant ce qu’elle estimait être la grossièreté de l’offre culturelle proposée par la Région aux jeunes, elle n’a réussi qu’à mettre en évidence la contradiction flagrante dans lequel son parti est enferré, entre pudibonderie intégriste et vulgarité troupière.

Mais l’épisode gaguesque est aussi le révélateur des positions prises par le Front National en matière culturelle, dont Liliane Boury s’est fait une spécialité.  

Les élus frontistes votent contre le soutien au spectacle vivant, à l’emploi culturel, à l’accompagnement et l’élargissement des publics, contre les festivals, contre la valorisation des patrimoines et des arts contemporains…  Selon eux, il faudrait remplacer tout soutien à la culture par une politique de la demande. Si on suivait ce raisonnement, blockbusters et autres hit-parades se verraient encore renforcés, et l’expression artistique naissante ne bénéficierait plus d’aide publique.

Jugements de valeur

Pantagruel

Rabelais aurait probablement été censuré par le Front National en son temps.

Mais comme d’habitude avec le ce parti, derrière ce «bon sens» ultra-libéral aux atours individualistes pointe un totalitarisme qui fait froid dans le dos. Là aussi, le FN nage dans la contradiction.

Comme ce fut le cas cette fois, les élus FN expliquent souvent ce qui leur semble de bon ou de mauvais goût, ce qui est de l’art et ce qui n’en est pas. Bien sûr, cette conception du bon goût est compatible avec l’esthétique catholique la plus rétrograde, ainsi qu’avec les sympathies du FN. Claude Autant-Lara est cité dès qu’il est question de cinéma.

Pour qualifier l’art d’aujourd’hui, la prude dame Boury aime manier la métaphore scatologique, estimant que l’art contemporain dans son ensemble est «au stade anal de la construction de la conscience».  Pas très loin de l’«art dégénéré» exposé à Munich en 1937 pour le discréditer.

Les «véritables créateurs»

Dans ce qu’il appelait les «grands axes» de sa campagne pour les dernières régionales, Bruno Gollnisch se prononçait  «pour une politique culturelle dans laquelle les subventions iraient à de véritables créateurs, car certains artistes réalisent de belles choses mais ceux-là n’ont jamais accès aux subventions qui vont inéluctablement toujours aux mêmes, à ceux qui font des choses laides, choquantes et inintéressantes.»

On peut se demander alors si le Front National a vocation à définir ce qui est beau, acceptable et intéressant. On peut aussi s’inquiéter, en cas d’accession au pouvoir national du FN, ce qu’il adviendrait de ceux qui font « des choses laides, choquantes et inintéressantes ».

 


Le FN et la « décadence culturelle » en Rhône-Alpes par LeHuffPost

 

 

Remonter

UA-25684560-1